Préambule
Les avancées de la recherche ont permis, pour la plupart des cancers, d’augmenter le taux de guérison et/ou d’allonger l’espérance de vie. Mais, outre ce “gain d’années”, la qualité de vie est à considérer car souhait de bien-être: retrouver une autonomie fonctionnelle, s’adapter face aux effets secondaires et aux séquelles, se sentir en bonne santé, … Bref pouvoir, malgré le cancer et son traitement, profiter de la vie et de ses plaisirs dans toutes les sphères de la vie… y compris au niveau de l’intimité sexuelle.
Pour rappel, la santé sexuelle est une composante à part entière de l’état de santé, au même titre que l’état de santé physique et mental (OMS). Que l’on soit atteint ou guéri d’un cancer, préserver ou retrouver une sexualité épanouie est un facteur de bien-être. Il est donc important d’en parler.
Tout cancer bouleverse profondément la vie des personnes qui en sont atteintes ainsi que celle de leur entourage. Le partenaire est particulièrement impacté.
La sexualité n’échappe pas à ces bouleversements, peu importe la localisation de la maladie. En effet, il faut savoir que les traitements oncologiques modifient la sexualité de 75 % des patients. La variabilité individuelle est importante (souhait de maintien, de mise entre parenthèses ou d’amplification car besoin de se sentir vivant) et dépend notamment de l’état de la sexualité avant la maladie et de la communication sexuelle. L’intimité ne s’arrête pas avec un cancer, elle évolue.
Il est important de savoir que le cancer n’est pas contagieux et que les traitements (sauf rares exceptions) ne sont pas nocifs pour votre partenaire. De plus, la reprise des rapports sexuels n’a pas d’incidence sur une éventuelle récidive de la maladie.
Impacts

Le corps
Les symptômes physiques induits par la maladie cancéreuse peuvent interférer dans votre vie intime et sexuelle : fatigue, troubles du sommeil, douleurs, nausées, troubles respiratoires,…
C’est le cas également pour certaines modifications corporelles : amputation d’un membre ou d’un organe, stomies (digestives, urinaires, respiratoires),…
L’esprit et le cœur
Et s’ajoutent bien entendu les symptômes psychiques et émotionnels : détresse, peur de la mort ou de la récidive, culpabilité, perte de l’estime et de la confiance en soi ou du partenaire, image du corps altérée…
A eux seuls, ceux-ci suffisent à altérer le désir car souvenez-vous que votre organe sexuel principal est le cerveau.


La vie relationnelle
Vous pouvez rencontrer diverses situations: troubles du désir, difficultés relationnelles, crainte de ne pas pouvoir satisfaire votre partenaire ou de ne plus lui plaire. Vous pouvez vous retrouver dans une dynamique conjoint “malade” et partenaire “soignant”
Cela nécessite une information appropriée, des conseils, une réassurance et un suivi. Ceux-ci vont être utiles tant pour vous que pour votre partenaire. De nombreuses solutions existent et peuvent vous être proposées.
Les comportements
Comme tout changement de vie, la maladie va nécessiter une adaptation des comportements à la recherche d’un nouvel équilibre, d’un nouvel épanouissement sur base d’une bonne communication intime.

Troubles généraux
Les phases de la réponse sexuelle vont être altérées directement ou indirectement, temporairement ou de façon permanente, en fonction du type de cancer et de traitement.
Troubles du désir : perturbations de l’envie sexuelle (libido). Deux ans après le diagnostic, 1 patient sur 2 souffre de ce trouble, quelle que soit la localisation du cancer.
Troubles de l’excitation : chez la femme, modification/diminution des sécrétions et de la lubrification vaginale ; chez l’homme, troubles de l’érection (obtention/maintien).
Troubles du plaisir : il est fréquent, normal, réversible et passager de ressentir moins de plaisir quand on est fragilisé physiquement et/ou psychologiquement. Ce plaisir modifié est souvent la source d’une incapacité passagère à atteindre l’orgasme.
Toute douleur peut également perturber les relations sexuelles.
De plus, certains traitements peuvent entraîner une incontinence (fécale ou urinaire) voire la mise en place d’une stomie. Cela peut bien entendu être embarrassant et affecter l’image de soi et la confiance.
Conseils généraux

Corps et bien-être
Retrouver le bien-être du corps est une étape importante pour récupérer une sexualité épanouie. Vous trouverez déjà quelques pistes dans mon article relatif à la santé physique.
Il peut être parfois difficile de se réapproprier son corps: gêne à se regarder et/ou à être regardé(e), à se toucher et/ou à être touché(e). Il est nécessaire de commencer par s’apporter des soins: crèmes sur les cicatrices, automassages, choix des vêtements (il existe des gammes adaptées), soins esthétiques,…
Mieux se sentir dans sa tête
Trouver du soutien autour de vous, vos proches, des professionnels (psychologues, hypnothérapeutes, sophrologues, groupes de soutien…). N’hésitez pas à pratiquer la méditation de pleine conscience par exemple.
D’une manière générale, prendre soin de son corps, partager, s’exprimer, améliore l’estime de soi et permet de se sentir mieux dans sa tête.


Communiquer avec son/sa partenaire
Une bonne communication intime permet la préservation, l’adaptation voire le réapprentissage de l’intimité et/ou de la sexualité.
Chacun a besoin de regagner une assurance, une confiance en soi et une capacité de séduction. Il peut être parfois nécessaire d’inventer un nouveau mode de rapports sexuels avec de nouvelles caresses et/ou de nouveaux modes d’excitation. Il est important à noter notamment que la sexualité ne se limite pas à la pénétration!
Adapter ses comportements
Petit à petit, on peut retrouver une sensualité au travers de caresses ou de massages, dans un environnement propice.
Les jeux érotiques par exemple peuvent aider à recréer une complicité avec le/la partenaire en diminuer l’appréhension de la reprise des rapports. Chacun(e) pourra réinventer sa sexualité à partir de ses préférences, de ses fantasmes ou de ses contraintes, pour trouver un nouvel épanouissement. Quand on ne se sent pas prêt, il est possible de garder une partie de ses vêtements ou de tamiser la lumière par exemple.



Sexualité et traitements du cancer
Chimiothérapie et sexualité
Chimiothérapie = Traitement du cancer par des substances chimiques qui tuent ou affaiblissent les cellules cancéreuses.
Ces médicaments touchent aussi les cellules saines. C’est pourquoi ils peuvent avoir bon nombre d’effets secondaires. Ils n’altèrent pas systématiquement la vie sexuelle. Cela dépend des individus, même avec des produits et des dosages identiques. On observe toutefois souvent une fragilisation du désir sexuel et la présence accrue de dyspareunies.
Effets secondaires potentiels: nausées, fatigue, gain de poids, baisse du système immunitaire,…
Pour les femmes: irritation des muqueuses (dont les muqueuses vaginales), déséquilibre de la flore vaginale, irrégularité des règles ou ménopause précoce.
Conséquences potentielles: vagin douloureux et enflammé, infections vaginales plus fréquentes, lubrification vaginale moins abondante et plus lente, paroi vaginale plus sèche et plus fine.
Pour les hommes: en principe, pas d’altération des nerfs et artères qui participent aux mécanismes de la réponse sexuelle.
Hormonothérapie et sexualité
Hormonothérapie = Traitement du cancer qui consiste à agir sur certaines hormones qui stimulent les cellules cancéreuses. Plus d’informations dans mon article spécifique au traitement par hormonothérapie du cancer de la prostate et du sein.
On observe souvent une fragilisation du désir, la présence accrue de dyspareunies et la fragilisation des érections.
Effets secondaires potentiels: nausées, fatigue, bouffées de chaleur, prise de poids,…
Pour les femmes: symptômes localisés typiques de la ménopause.
Conséquences potentielles: lubrification vaginale moins abondante et plus lente, perte de souplesse et d’élasticité de la muqueuse vaginale, rapports sexuels pénétratifs plus compliqués, cercle vicieux de la douleur.
Pour les hommes: croissance du tissu mammaire, perte de masse musculaire.
Conséquences potentielles: connexion tête et corps chahutée, la tête veut mais le corps ne suit pas.
Radiothérapie et sexualité
Radiothérapie = Traitement anticancéreux qui consiste à utiliser des rayons à haute énergie pour détruire ou endommager les cellules cancéreuses (définition Fondation contre le cancer).
Les effets de la radiothérapie varient en fonction des individus, en fonction de la zone irradiée et ils peuvent durer quelques semaines/mois ou devenir permanents. On observe souvent une fragilisation du désir sexuel, la présence accrue de douleurs, une fragilisation des érections et une modification de l’orgasme.
Effets secondaires potentiels: fatigue, bouffées de chaleur, réactions cutanées,…
Pour les femmes si radiothérapie focalisée sur le bassin: symptômes localisés typiques de la ménopause.
Conséquences potentielles: lubrification vaginale moins abondante et plus lente, perte de souplesse et d’élasticité de la muqueuse vaginale, rapports sexuels pénétratifs plus compliqués, cercle vicieux de la douleur.
Pour les hommes si radiothérapie focalisée sur le bassin: dommages à long terme aux nerfs et vaisseaux sanguins qui irriguent le pénis, irritation de l’urètre.
Conséquences potentielles: difficulté pour l’apparition et le maintien des érections, orgasmes secs, douleurs à l’éjaculation.
Chirurgie et sexualité
Chirurgie = Acte médical qui consiste à retirer ou à réparer des tissus. Souvent combinée avec un autre traitement.
Effets secondaires potentiels en fonction de l’organe ciblé.
Conséquences potentielles: atteinte de l’intégrité physique, mutilation (visible ou non), reconstruction (envisageable ou non), fragilisation du sentiment de désirabilité, gestion d’une double perte (l’organe et le symbole).
Sexualité et cancers spécifiques
Le cancer de la prostate
Le cancer du sein
- La sexualité après l’annonce et le traitement d’un cancer du sein.
- Le dépistage et le traitement du cancer du sein.
Services spécialisés
En région verviétoise, peu importe le cancer dont vous êtes atteint, n’hésitez pas à vous rendre à l’Espace Vivie asbl. Il s’agit d’un lieu de détente dédié aux patients (hommes et femmes) atteints d’un cancer. Des soins de bien-être individuels (massages, réflexologie plantaire, olfactothérapie,…) y sont dispensés. Des ateliers de groupe (sophrologie, automassages, biodanza,…) y ont également lieu. Etant donné qu’il s’agit d’une asbl, vous pouvez bénéficier de ces soins pour une somme modique mais pour un laps de temps limité.
Pour continuer dans cette voie, n’hésitez pas à vous rendre dans des Centres de soins spécialisés, par exemple, en région verviétoise, en fonction des services recherchés, le Centre Holi, l’Institut Mireille Polis / La Vie & Belle ou à vous adressez au professionnel de votre choix, par exemple Pascal Broquet ou Audrey Heeren.
Pour aller plus loin
Article à lire à ce sujet: “Sexualité et cancer : comment vivre sa sexualité en étant confronté à la maladie?”
Il existe plusieurs brochures informatives qui abordent le sujet. notamment celle de la Ligue contre le cancer «Sexualité et cancer» , celle de de la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer «Préserver sa sexualité» ou encore «Cancer et intimité» .
Version rien que pour les hommes : «Cancer et sexualité au masculin». Et rien que pour les femmes «Cancer et sexualité au féminin» .
Il est évident que les informations présentes ici constituent une base. N’hésitez pas à me contacter et à prendre rendez-vous pour un suivi et des conseils personnalisés.

