Selon la théorie de l’attachement (de Bowlby et Ainsworth), un enfant va développer des représentations cognitives en fonction de la qualité des relations vécues avec ses figures d’attachement (le plus souvent la mère mais pas toujours). Ces représentations vont ensuite conditionner la manière dont cet enfant devenu adulte va gérer ses relations, sa manière d’être avec les autres et d’être avec soi-même, émotionnellement.
Chaque style représente un ajustement interpersonnel aux expériences relationnelles primaires: ce sont des stratégies de survie et non des pathologies. Il est important de vous rendre compte de votre base, de ce que vous avez développé dans l’enfance et de savoir si vous avez fait un travail pour sécuriser ce fonctionnement relationnel. Si le travail a été fait, on parlera alors d’un attachement non pas secure de base mais sécurisé.
En plus de cette toile de fond (secure, sécurisée ou pas), vous allez en plus adapter votre fonctionnement en fonction des relations, et plus précisément en fonction des personnes qui se trouvent en face de vous. C’est ainsi qu’une personne qui peut avoir un attachement secure de base (ou un attachement insécure qui a été sécurisé) peut potentiellement développer un style d’attachement insecure en se trouvant en face d’un partenaire dont le type d’attachement est insecure.
On distingue 4 types d’attachement.
L’attachement sécure
Dans l’enfance

Adulte stable, qui réagit directement et se montre sensible. Réponse adéquate, prévisible, constante et chaleureuse.
L’enfant s’est alors senti en sécurité et a acquis de la confiance en lui et de l’indépendance en parcourant sans crainte son environnement.
Réflexion intérieure de l’enfant: “Oui, je sais qu’il va me donner un coup de main. Le lien de confiance s’établit”.
Un enfant a besoin qu’on lui fasse confiance: la confiance en soi ne se décide pas, elle nous est donnée par les autres.
A l’âge adulte
Cette confiance en soi et en sa valeur va permettre de développer la confiance en l’autre. ” Je peux parler de moi, de mes besoins, demander de l’aide, exprimer mes sentiments à l’autre sans être rejeté ou maltraité “.
Un couple sécure va pouvoir bien communiquer et gérer les désaccords avec maturité. Ils sont à l’aise avec l’intimité.
L’attachement insécure anxieux ou préoccupé
Dans l’enfance

Adulte incohérent, parfois indifférent, parfois sensible.
L’enfant s’est alors senti stressé, abandonné émotionnellement. Son insécurité a fait en sorte qu’il aie du mal à gérer son impulsivité notamment.
Réflexion intérieure de l’enfant: “Oui mais je dois le surveiller, ce n’est pas certain qu’il va venir me répondre”.
Métaphore du phare qui clignote: parfois la lumière guide, parfois elle s’éteint, et le marin ne sait jamais s’il peut rentrer au port.
A l’âge adulte
Ce sont des adultes qui vivent dans un monde de chaos, d’insécurité et d’anxiété. A l’intérieur, c’est l’envahissement émotionnel constant. Leur manière d’entrer en relation est très émotionnelle et chaotique. Ils sont généralement obsédés par leur passé et les relations vécues.
On retrouve une anxiété relative à la relation. « Est-ce qu’on va m’aimer, est-ce que je ne vais pas être rejeté, est-ce que je vaux vraiment quelque chose, est-ce qu’on ne va pas me tromper,… ». Ils ont une grande angoisse de l’abandon, de la solitude et de faire face, seuls aux évènements.
La séparation (même ponctuelle) est source d’anxiété. L’anxieux a besoin d’un partenaire qui répond constamment à ses besoins (présence, paroles…).
Tout ceci va induire certains comportements :
- Ils vont s’accrocher à l’autre, avoir le besoin d’être fusionnels.
- Ils posent beaucoup de questions (« tu fais quoi…? »).
- Ils envahissent de textos dès que l’autre est parti, ils ont besoin de beaucoup de retour. « Est-ce que tu m’aimes vraiment ?».
- Ils dépendent émotionnellement de leur partenaire et cela peut l’épuiser, l’étouffer, être trop lourd à porter. Cela va créer des conflits autour du manque d’espace personnel.
L’attachement insécure évitant ou détaché
Dans l’enfance

Adulte distant, critique, qui réagit peu et souvent en mode punition.
L’enfant se sent rejeté, isolé émotionnellement. Il développe du stress et de la peur et garde ses émotions pour lui.
Réflexion intérieure de l’enfant: “C’est plus simple quand je m’en occupe. Les interactions quand j’ai besoin d’aide augmentent la tension. Mieux vaut éviter.”
Métaphore du château fort sans porte: la forteresse protège mais personne ne peut y entrer et celui qui est dedans ne peut pas sortir.
A l’âge adulte
Ce sont des adultes qui bloquent le besoin de liens. Ils ne perçoivent pas l’état d’esprit de leurs proches ni le leur. Dominés par l’hémisphère gauche, ils sont moins sensibles aux signaux non verbaux. Souvent, ils ne se souviennent pas de leur petite enfance car leur mémoire autobiographique, située dans l’hémisphère droit, est bloquée pour éviter la détresse associée au manque de liens.
On retrouve des personnes avares de tendresse. On ne sait pas ce qu’elles pensent, elles ne montrent pas leurs émotions. Elles évitent les relations mais aussi et surtout les émotions. Elles rejettent les tentatives de rapprochement profond et authentique car cela les force à se connecter avec leur vision intérieure, ce qui les terrifie.
Tout ceci va induire certains comportements :
- Elles sont avares de compliments.
- Elles recherchent la distance affective.
- Elles ont peur des émotions si elles sont en relations trop proches, elles ont appris que les émotions c’est dangereux. « Tu n’es pas belle quand tu pleures… ».
- Elles ne savent pas dire « je t’aime ».
- Elles ne vont pas demander de l’aide quand elles vont mal.
- Elles gardent donc leur distance émotionnelle ce qui peut donner à l’autre partenaire le sentiment d’être ignoré ou rejeté et entraîner des conflits lorsque l’un cherche la proximité et l’autre l’éloignement.
L’attachement désorganisé
Dans l’enfance

Adulte excessif, qui réagit de façon imprévisible. Il peut souffrir d’addiction(s).
L’enfant a peur, il est triste. Il va rechercher de la sécurité auprès d’inconnus. Il a une faible estime de lui-même.
Réflexion intérieure de l’enfant: “Non, je suis tout seul. La réponse de l’adulte est imprévisible, peut-être même dangereuse.”
Métaphore du feu qui brûle et qui réchauffe à la fois: on ne sait pas s’il faut approcher ou s’enfuir. La source de réconfort et la source de terreur sont une seule et même personne.
A l’âge adulte
On retrouve des personnes chaotiques, parfois évitantes mais aussi parfois anxieuses. Elles peuvent s’accrocher aux autres et parfois les éviter. Elles ont souvent du mal à réguler leurs émotions et à maintenir des relations stables. C’est le terrain de troubles psychologiques plus importants.
Un complément d’informations par rapport aux styles d’attachement? C’est par ici.
En résumé

Comment évoluer
Il est important à noter que nous ne sommes pas coincés dans un type d’attachement, nous pouvons évoluer et changer! D’ailleurs, lors de circonstances de vie particulières (rupture, deuil, accident, événement marquant,…), on peut basculer par exemple d’un type évitant à un type anxieux.
On peut guérir des blessures d’attachement pour s’orienter vers la sécurité. La première étape est de se rendre compte que notre mode de fonctionnement n’est pas adéquat, n’est pas sécure. Ensuite, il faut mettre des actions en place pour évoluer.
En pratique
- Se rendre compte de nos styles d’attachement respectifs et de comment ils affectent notre relation.
- Développer de la sécurité émotionnelle par l’expression des besoins de manière constructive ou la gestion des conflits par exemple.
- Communiquer de manière empathique afin que les deux partenaires puissent comprendre les insécurités de l’autre.
- Partage des émotions quotidiennes et validation des ressentis pour renforcer la connexion émotionnelle.
Chez l’anxieux
- Il faudra travailler à développer une plus grande sécurité intérieure en pratiquant par exemple des exercices d’auto-réassurance intérieure en s’attaquant à nos cognitions, d’autocompassion et de gestion des émotions.
- En termes de communication, il s’agit de pouvoir reformuler ses inquiétudes de manière moins accusatrice et encourager une discussion plus ouverte et apaisée.
- Exercices de méditation, pleine conscience,…
Chez l’évitant
- Il faudra apprendre à s’ouvrir progressivement et à partager leurs émotions via par exemple pour commencer des exercices d’écriture ou des moments d’introspection.
- En termes d’intimité émotionnelle, il s’agit de renforcer la proximité émotionnelle sans qu’il se sente submergé par exemple en instaurant des moments de partage quotidiens, des discussions ou encore des moments d’intimité non verbale (câlins, moments de tendresse).
- Exercices de méditation, pleine conscience,…
Pour conclure

Même au sein d’un couple sécure, un travail peut toujours être fait par exemple en approfondissant leur intimité émotionnelle et en développant des pratiques qui maintiennent la connexion.
Et si je vous disais que les couples les plus fréquents sont constitués d’un anxieux et d’un évitant…
Un couple est un chantier au sein duquel il est nécessaire d’évoluer constamment pour s’adapter et s’épanouir mais aussi pour se préparer aux défis futurs et éviter les sources potentielles de tension. Le travail sur les styles d’attachement permet de résoudre les conflits actuels et de construire une base plus saine et équilibrée pour l’avenir.
Il est évident que les informations présentes ici constituent une base. N’hésitez pas à me contacter et à prendre rendez-vous pour un suivi et des conseils personnalisés.









